Paroles de Pasolini

Sur le cinéma :

« La vie tout entière, dans lʼensemble de ses actions, est un cinéma naturel et vivant ».

"Rien n’est plus paratactique, plus mimétique, plus immédiat, plus concret, plus évident qu’un plan."

"Le cinéma me permet de maintenir le contact avec le réel, un contact physiquen charnel, je dirais même d'ordre sensuel."

"Quand je fais un film, je me mets en état de fascination devant un objet, une chose, un visage, des regards, un paysage, comme s'il s'agissait d'un engin où le sacré fût en imminence d'explosion".

Sur le rapport au monde :

Lettres luthériennes : "Dans les enseignements que je te donnerai, je te pousserai [...] à toutes les désacralisations possibles, au manque total de respect pour tout sentiment institué. Mais le fond de mon enseignement consistera à te convaincre de ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laïcisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides, adorateurs de fétiches."

Sur Oedipe Roi :

« J'ai voulu présenter le mythe d'Oedipe comme quelque chose se situant hors de l'histoire. L'histoire d'Oedipe est un fait méta-historique. Et dans ce cas, méta-historique correspond en fait à préhistorique. »

« J'ai tenu le rôle du grand prêtre pour deux raisons : parce que je n'avais pas trouvé de personne adéquate, et parce que la longue phrase que je récite est la première du texte de Sophocle - la tragédie commence ainsi - et il me plaisait, en tant qu'auteur, d'introduire moi-même Sophocle dans le film. »

« La différence profonde entre Oedipe et mes autres films, c'est qu'il est autobiographique, alors que les autres ne l'étaient pas ou l'étaient moins, ou du moins l'étaient presque tous inconsciemment, indirectement. Dans Oedipe, je raconte l'histoire de mon propre complexe d'Oedipe. Le petit garçon du prologue, c'est moi, son père c'est mon père, ancien officier d'infanterie, et la mère, une institutrice, c'est ma propre mère. Je raconte ma vie, mythifiée bien sûr, rendue épique par la légende d'Oedipe. »

« Le seul changement important, par rapport à Sophocle, c'est qu'à la fin j'ai supprimé l'intrusion des filles, parce qu'au fond, j'ai changé l'Oedipe même. Les filles ne correspondaient pas à mon Oedipe, ni Antigone. »

« Mon amour pour ma mère est resté quelque chose de latent. Historiquement je me suis placé dans un rapport de rivalité et de haine envers mon père. » 

Le prologue : « Le premier épisode présente un petit enfant d’aujourd’hui, entre son père et sa mère, cristallisant ce qui est communément appelé le « complexe d’Œdipe. Il réalise, à un âge où » rien n’est encore conscient, la première expérience de la jalousie. Et son père, pour le punir, le pend par les pieds, accomplissant à travers le « symbole » du sexe (les pieds) une sorte de castration. »

Le mythe : « Après quoi, dans la deuxième partie, commence la projection du mythe de ce fait psychanalytique. Œdipe roi se présente donc, dans cette deuxième partie, comme un énorme rêve du mythe qui se termine par un réveil, avec le retour à la réalité. » 

L'épilogue : « C’est le moment de la sublimation, comme l’appelle Freud. Une variante du mythe, c’est qu’Œdipe finit par se retrouver au même point que Tirésias : il s’est sublimé comme font le poète, le prophète, l’homme d’exception. »