Paloma - Tiananmen

Les manifestations de la place Tiananmen - 1989

« Tank man »est le surnom de l’anonyme devenu mondialement célèbre en juin 1989 pour avoir bloqué l’espace de quelques instants la progression d’une colonne de chars de l’armée populaire de libération

En 1989, année de la chute du mur de Berlin, Pékin et les grandes villes chinoises connaissent des manifestations étudiantes sans précédent. Cet immense espoir de minzhu (démocratie), baptisé le « Printemps de Pékin », va être écrasé dans le sang sur la place de Tiananmen. Le pouvoir, crispé sur ses dogmes archaïques, lance ses chars sur des manifestants désarmés. Le gouvernement communiste chinois déclarera : « Nous avons maté l’émeute contre-révolutionnaire ».

I- Lutter pour la démocratie

C'est dans un contexte de réformes lancées par le président chinois Deng Xiaoping, laissant présager un climat politique ouvert, que des professeurs de l’enseignement supérieur, des intellectuels et des étudiants réclament la « cinquième modernisation », celle de la démocratie et du multipartisme (cf 4 modernisations, agriculture, industrie, science et technologie et défense nationale) déjà réclamée  par le biais de dazibao littéralement « journal à grands caractères » (expression de l'opinion publique par l'affichage placardé dans la ville). La répression met fin à cette presse libre.

Au-delà de la demande de réformes politiques, les principales revendications portent sur la liberté, notamment la liberté d'association (création de syndicats étudiants indépendants) et sur la transparence du régime. 

II- Tiananmen épicentre de cette révolution

La place Tiananmen devient alors l'épicentre de cette révolution.

Déclenchement : Mort de l'ancien Secrétaire général du Parti communiste chinois, Hu Yaobang en 1989. Admiré pour le rôle qu'il a joué pendant la Révolution culturelle, et pour les réformes mises en place.

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1989, veille des funérailles officielles de Hu Yaobang, 100 000 étudiants se dirigent vers la place, où ils s'installent avant qu'elle ne soit bouclée par la police. L'agitation est forte et les manifestations continuent malgré l'interdiction de la police. Le 12 mai, les étudiants entament une grève de la faim sur la place Tian'anmen, grève qui finira par concerner plus de 1000 personnes.

Mise en place de pourparlers qui ne donnent que peu de résultats.

La direction chinoise se trouve alors divisée en deux tendances : réformistes (autour de Zhao Ziyang) et la faction conservatrice, menée par Li Pengregroupant des responsables militaires tels que Yang Shangkun, qui désire une mise au pas autoritaire des contestataires. Les dissensions entre ces deux groupes jouent un rôle déterminant dans le printemps de Pékin.

Le président chinois,Deng Xiaoping, bien qu'étant l'initiateur des réformes politiques et économiques, se range du côté des conservateurs car il craint que les contestations ne mettent un frein aux réformes. Les réformistes, eux, souhaitent une solution négociée et pacifique.

III- Une jeunesse chinoise massacrée

À la suite d'un discours prononcé devant les étudiants, favorable à la négociation des conflits, Zhao Ziyang est immédiatement limogé et placé en résidence surveillée où il restera jusqu'à sa mort.

La loi martiale est proclamée le 3 juin 1989. C'est à dire la suspension totale ou partielle des libertés fondamentales des citoyens. L'armée assure alors le maintien de l'ordre. 

Environ 200 000 militaires de 22 divisions provenant de 13 corps d'armée ont été transférés, depuis l'état de siège, dans la région de Pékin. Devant l'impuissance de la police à juguler les manifestations avec lesquels ils sont en accord parfois à la stupéfaction générale, des soldats et des chars sont envoyés et tirent sur les masses. Les manifestants finissent par fuir, seuls restent des cadavres gisant sur le sol.

Il est certain que cette répression sanglante a fait des milliers de victimes sans qu'on en sache jamais le nombre exact.

Réaction internationale :

Des pays s’opposent à la politique de la Chine, notamment les États-Unis qui décident de mettre un terme à la coopération militaire et de renseignement. La France décide de geler ses relations avec la Chine. Les marchés boursiers en Asie réagissent à la baisse.

Mais la Chine compte sur des soutiens : La Corée du Nord, Cuba, la Tchécoslovaquie et l'Allemagne de l'Est, entre autres, dénoncent les manifestations.

Histoire supprimée en Chine continentale

À la suite des manifestations, les instances gouvernementales interdisent les films et les livres sujets à controverse et réduisent de nombreux journaux au silence. Des chiffres en témoignent : En un an, « 12 % de la presse écrite, 8 % des maisons d'édition, 13 % des périodiques de sciences sociales et plus de 150 films sont interdits ou fermés ».

Actuellement, en raison d'une mesure de censure émanant du gouvernement chinois et incluant la censure d’Internet, les médias d'actualité ne sont pas autorisés à faire état des « événements » de Tiananmen, la simple évocation de l'évènement est passible d'emprisonnement. La place est surveillée 24h sur 24 par des militaires afin d'assurer l'ordre. Les sites internet consacrés aux manifestations sont bloqués, du moins dans la Chine continentale.

IV- Pour en savoir plus

- Une jeunesse chinoise, film du réalisateur Lou Ye.

- Sunrise Over Tiananmen Square, nommé meilleur documentaire aux Oscars de 1999 pour le réalisateur Wang Shui-Bo. il raconte la désillusion de l'auteur face au régime politique de la République populaire de Chine. 

- Tian Anmen : 20 ans de tabou, documentaire de Shi Ming (diffusé en juin 2009 dans l'émission Théma sur Arte

Actualité :

L'été de la révolte se prolonge à Hong Kong :

Les manifestations les plus importantes depuis la rétrocession de l'ex-colonie britannique Hong Kong, en 1997 à la Chine ont lieu actuellement.

Les Hongkongais réclament plus de démocratie, notamment l'élection au suffrage universel du chef de l'exécutif. Ce sont les mêmes revendications qui ont motivé les manifestations de la Place Tianamen.

Joshua Wong, est l'étudiant leader de ces manifestations, il a  annoncé qu'il commencerait une grève de la faim. Ces mouvements démontrent une jeunesse Hongkongaise déterminée et un pouvoir politique qui ne semble pas prêt à négocier. Ces événements sont donc à suivre de près et rendent compte d’une Chine qui bien qu’elle soit un modèle économique est loin d’être un modèle démocratique.

Les manifestations de la place tiananmen

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